Parce qu’elles appartiennent à un territoire géographique et un marché économique communs, parmi les plus riches au monde, les Smart Cities européennes se livrent à une compétition acharnée pour se situer dans le haut du panier des villes intelligentes, d’autant plus que leur nombre, estimé par le Parlement européen, d’après une étude réalisée en 2014, est très élevé avec 90% des villes de plus de 500 000 habitants, soit 58 villes et 43% des villes de 100 à 200 000 habitants, soit 126 villes. Il faut dire que la définition d’une Smart City pour cette institution européenne est très vague : «ville qui cherche à résoudre les problèmes publics grâce à des solutions basées sur les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) sur la base de partenariats d’initiative municipale et mobilisant de multiples parties prenantes».

Au regard de cette description un peu fourre-tout, les travaux de Rudolf Giffinger, le théoricien des Smart Cities, ont le mérite d’être un peu plus précis puisque d’après lui les villes doivent s’appuyer sur 6 leviers pour devenir intelligentes : l’économie, la mobilité, l’environnement, le mode de vie, les habitants et la gouvernance. Ces deux derniers critères sont essentiels car une cité qui veut se ré-inventer intelligemment doit commencer par mettre en place tous les outils possibles pour impliquer davantage ses citoyens dans l’administration. C’est d’ailleurs la position de Francis Pisani, journaliste et spécialiste des technologies de l’information : «On a une version dominante d’une ville intelligente grâce aux données qui permettraient de résoudre quantité de problèmes. Il existe une autre version de la ville intelligente, qu’il faudrait rééquilibrer et valoriser davantage : celle qui met en avant la participation des gens pour contribuer directement à améliorer leur quartier, leur ville, leur région, leur territoire.»

Compte tenu de ces éléments difficilement quantifiables, il est aisé de comprendre l’impossibilité d’établir un classement tangible des Smart Cities en Europe comme dans d’autres parties du monde. Toutefois la Commission européenne et le Ministère chinois de l’industrie et des technologies ont publié une étude comparative sur les 15 Smart Cities les plus avancées sur chacune de ces deux zones. On retrouve pour l’Europe des villes résolument engagées dans cette démarche comme Amsterdam, Barcelone, Copenhague , Manchester ou encore Milan

Pour la France, si la sélection de Lyon n’est pas franchement une surprise tant cette ville et sa métropole sont impliquées dans ce processus qui leur ont permis d’obtenir le label «Métropole French tech», la présence à ce niveau d’expertise d’Issy-les-Moulineaux est un peu plus étonnante.

Pourtant quand on connaît l’implication de cette municipalité dans l’innovation et le numérique depuis le début des années 2000, ses relations nouées avec le réseau européen des Living Labs et sa participation actuelle dans quatre projets européens à savoir l’Ecim (European Cloud Marketplace for Intelligent Mobility) , l’Open Transport Net qui a pour objet d’améliorer la mobilité urbaine grâce à des plateformes agrégeant différents services de mobilité, alimentés par l’open data, Citadel on the move qui propose de mettre en place au niveau des villes une stratégie open data pour créer en quelques étapes des applications grâce à des données ouvertes facilement accessibles et enfin Radical qui vise à améliorer ou imaginer les services numériques dans les domaines de la sécurité à vélo, de la gestion des produits verts, du data-journalisme, de la réalité augmentée et de l’éco-conscience, la présence de cette ville de moins de 70 000 habitants mais très dynamique dans cette liste prestigieuse de Smart Cities n’étonne plus.

Si de nombreuses villes françaises moyennes et grandes ont d’indéniables atouts pour espérer devenir demain de vraies villes intelligentes, elles auraient tout intérêt pour y parvenir à s’inspirer de l’exemple d’Issy-les-Moulineaux qui, en plus d’une réelle volonté politique d’investir depuis des années dans le numérique, a su également tirer profit de ces programmes européens. En mettant beaucoup plus en avant ces initiatives efficaces, l’Europe aurait d’ailleurs tout à y gagner en montrant un aspect de ses missions beaucoup plus concret que l’apparence technocratique qu’elle donne trop souvent.