Associer le continent américain avec les Smart Cities tendrait, par facilité, à ne traiter que de l’Amérique du Nord, voire des Etats-Unis, tant ce pays d’où provient en grande partie ce concept, comme l’explique le grand spécialiste du sujet Francis Pisani et les grands groupes informatiques comme IBM, Microsoft ou Cisco, qui y jouent un rôle prépondérant, sont intimement liés.

Pourtant si de nombreuses villes de cette immense nation sont depuis longtemps impliquées dans cette démarche et servent régulièrement, comme on va le voir, de laboratoires d’essais aux sociétés spécialisées dans le secteur des villes intelligentes, elles sont loin d’être les seules sur ce grand continent si contrasté entre ses parties nord et sud; non seulement le Canada est régulièrement cité dans les pays en pointe dans ce domaine mais, plus surprenant, de plus en plus d’agglomérations sud-américaines se font remarquées par la créativité qu’elles manifestent pour se faire une place dans cette famille grandissante des Smart Cities dans le monde.

Retour aux Etats-Unis donc qui n’échappent pas d’ailleurs à la tendance mondiale d’une croissance des villes puisqu’une majorité des 70 millions de citoyens américains supplémentaires prévus d’ici 30 ans résidera en zones urbaines. Commençons avec l’incontournable New-York, «Big Apple» pour les intimes, qui a créé l’Observatoire urbain, centre pionnier de la science et du progrès urbains, affilié à l’université de la ville dont les objectifs sont de la rendre plus intelligente évidemment et de mieux planifier son développement. Le cas de Chicago est également intéressant avec le déploiement de son projet «Array of Things» dont le but affiché est d’être encore plus connectée que dans le passé mais avec une orientation délibérée vers le citoyen, dans une démarche résolue d’interactivité avec l’ensemble de la population. De façon plus modeste mais pour répondre au plus gros problème qu’elle doit gérer, à savoir le stationnement des véhicules, la ville de Boston a lancé une application «ParkBoston» qui permet aux automobilistes de payer à plusieurs centaines de mètres leurs tickets de parking depuis leur smartphone et même d’alimenter les parcmètres à distance.

Parallèlement aux très nombreuses initiatives prises par les villes américaines pour être plus smart, il est intéressant de noter la démarche de l’Etat Fédéral par l’intermédiaire du Department of Transportation, dans l’esprit de celle impulsée par Bill Clinton à la fin des années 1990, qui a lancé un challenge Smart City pour réduire les embouteillages, désengorger les routes et les rendre plus intelligentes, sensibilisé notamment par l’impact du trafic routier, généré en grande partie par l’étalement des villes, sur le climat dont les effets dévastateurs se font de plus en plus sentir sur le territoire.

Au Canada, si Vancouver devrait atteindre sans trop de difficultés son objectif de devenir la ville la plus verte au monde d’ici à 2020 avec déjà 97% de son énergie provenant de sources renouvelables et que Toronto se démarque de ses homologues en s’engageant dans une approche collaborative comme le montre l’événement organisé fin 2015 avec Bratislava, c’est sans conteste Montréal qui manifeste l’esprit d’initiative le plus développé dans la démarche Smart City avec notamment la décision récente d’adopter une politique de données ouvertes reposant sur le concept «d’ouverture par défaut» qui s’inscrit plus globalement dans le plan d’actions 2015-2017 «Montréal, Ville intelligente et numérique» visant à en faire un chef de file mondialement reconnu dans ce domaine.

Contrairement aux idées reçues, l’Amérique du Sud est loin d’être dépourvue de villes intelligentes, avec des exemples assez inattendus, même si beaucoup de pays n’ont pas encore entamé leur mue à ce niveau, faute de moyens mais aussi de volonté politique. A cet égard le cas de Medellin, deuxième métropole de Colombie, est révélateur de la façon dont une agglomération importante peut se transformer en quelques années d’une capitale du crime en hub de l’innovation latino-américain, grâce à la volonté farouche de son Maire comme l’explique très bien cet article.

Une fois encore, c’est en impliquant très directement la population que cet homme visionnaire a réussi un pari que beaucoup d’experts considéraient comme irréalisable et la plateforme d’échanges conçue pour les habitants sur les projets en cours est un modèle du genre. On notera également les réussites de Bogota, toujours en Colombie, qui peut être considérée comme la capitale du vélo de l’Amérique latine avec près de 400 kilomètres de pistes cyclables ou encore de Montevideo en Uruguay dont l’excellente qualité de vie, reconnue unanimement, est largement issue des énergies renouvelables assurant la moitié des ressources énergétiques de la ville ainsi que d’un niveau très élevé de retraitement des déchets avec près de 80%.

Si beaucoup reste à faire pour que cette partie de la planète devienne une référence en terme de Smart Cities, la métamorphose réussie de Medellin est très porteuse d’espoir non seulement pour nombre de villes sud-américaines encore empêtrées dans des problèmes économiques et sociaux mais également pour des quartiers entiers de villes occidentales, y compris en Amérique du Nord, qui ont aussi à faire face à ce type de situations.